Bilan de 40 ans de surveillance des busards
Bilan de 40 ans de la surveillance Busards
Par Alain Leroux, avec l’aide de Christian Pacteau & de Philippe Pilard (Mission Rapaces)
Introduction
La surveillance des busards a débuté en France en 1976, et c’est donc un bilan de 40 années de cette action qui est résumée ici. Initiée par le Fonds d’Intervention pour les Rapaces, l’historique et l’évolution de cette action a déjà été traitée par Christian Pacteau en 2000 (les 25 ans) et en 2005 (30 ans). Les compilations des données régionales ou locales, fruit du travail des bénévoles du FIR puis de la Mission Rapaces, ont été synthétisé par plusieurs chargés de mission du réseau Busards, dont le dernier m’a fourni les ultimes tableaux chiffrés des actions locales et régionales.
Outre le nombre impressionnant de couples surveillés et de nids protégés qui sera détaillé, nous nous posons quelques questions sur les acteurs et sur les résultats de ces actions pluriannuelles :
§ Quel est le temps d’implication des protecteurs dans le réseau ?
§ Quels sont les effectifs des busards, les tendances ?
§ Notre action a-t-elle une influence sur les effectifs des busards ?
Matériel & méthodes
Nous avons utilisé les rapports annuels de cette action publiés dans les bulletins du FIR, puis dans les Cahiers de la Surveillance des Rapaces, dont la mise en tableaux sous Excel nous est parvenue.
Bref historique des débuts de la Surveillance Busards
Dès l’origine, deux façons de voir la protection ont cohabité suivant les régions ou les sites : la protection in situ dans les cultures et la conservation des milieux naturels.
La première campagne de protection des busards a eu lieu en Moselle en 1976, bientôt suivie dans la Beauce du Loir & Cher en 1977 par l’équipe d’Alain Perthuis. Il s’agit dans les deux cas de s’assurer de l’envol des jeunes avant le passage de la moissonneuse, ou de laisser un carré de céréales sur pied… Cette action sera remarquablement illustrée en 1981 par le film de Laurent Charbonnier « La plaine aux Busards ». En 1978, Daniel Béguin met en place le premier Conservatoire des Sites en Lorraine, en achetant en priorité les marais et milieux naturels où nichent encore quelques Busards cendrés.
Ces deux types d’actions ont donné, donnent et donneront encore de l’ouvrage à des générations de « Busardophiles » qui leur ont succédé… De 1980 à 1993, le nombre d’équipes qui s’impliquent de manière durable dans les « campagnes busards » passe de cinq à cinquante, couvrant la quasi-totalité des départements occupés par les busards.
Résultats
1) Evolution du nombre de surveillants et de journées-hommes
Le nombre de surveillants par année et de journées-hommes ont accusé une baisse notable dans la décennie suivante, (1995-2006), avant que le projet national de marquage des poussins, démarré en 2007, ne relance le réseau (Figure 1).
[Zone de Texte: Surveillants] [Zone de Texte: Journées x homme] 7000 700
6000 600
5000 500
4000 400
3000 300
2000 200
1000 100
[1976] [1978] [1980] [1982] [1984] [1986] [1988] [1990] [1992] [1994] [1996] [1998] [2000] [2002] [2004] [2006] [2008] [2010] [2012] [2014] [2017] [2019] 0 0
Figure 1. Evolution du nombre de surveillants et de journées-hommes de 1982 à 2015.
2) Le temps nécessaire pour protéger un nid
Dans l’article de Santangeli & al, (2015), le temps estimé de la protection d’un nid (recherche du nid, visite, contact avec l’agriculteur et pose du grillage) est évalué entre 7 à 16 heures (soit environ 1 à 2 journées-homme). Dans les bulletins du FIR puis de la Mission Rapaces, on arrive à une moyenne pluriannuelle de 3,5 jours (extrêmes 2,4 à 8 jours selon les années), soit 28 heures.
Il est vrai que les préalables aux actions de protection peuvent faire varier le temps d’implication : une cartographie des parcelles par exploitant, des contacts avec certaines personnes ressources (maires, représentants agricoles, etc.) qui peuvent faire gagner du temps. De même, le temps moyen par sortie et le nombre de personnes impliqués dans la prospection et la protection sont très variables selon les coordinateurs, certains sont des solitaires, d’autres s’entourent de nombreux collaborateurs ou accompagnateurs.
7000
6000
5000
[Zone de Texte: Journées x homme] 4000
3000
2000
1000
[1983] [1984] [1985] [1986] [1987] [1988] [1989] [1990] [1991] [1992] [1993] [1994] [1995] [1996] [1997] [1998] [1999] [2000] [2001] [2002] [2003] [2004] [2005] [2006] [2007] [2008] [2009] [2010] [2011] [2012] [2013] [2014] [2015] 0
1400
1200
1000
[Zone de Texte: Nombre de couples] 800
600
400
200
0
Figure 2. Variations du nombre de nids surveillés et du temps de surveillance de 1983 à 2015.
Le busard cendré est l’espèce la plus surveillée en France, jusqu’à 1200 nids dans les années 2010’s, car elle est la plus menacée par les moissons. Ensuite arrivent le busard Saint-Martin (x00 nids surveillés en moyenne de 2007 à 2015) et x00 nids de busard des roseaux, dont la présence en cultures reste minoritaire. Le nombre de nids surveillés semble bien corrélé avec le nombre de journées x homme, surtout pour le busard cendré (Fig 2). Cela sous-entend qu’avec plus d’intensité de recherche, le nombre de nids protégés augmenterait dans les mêmes proportions. Il reste donc encore beaucoup à faire si on estime que la protection est indispensable au maintien du busard cendré.
Pour tenter de répondre à cette question, nous avons examiné les pourcentages des envols dus à la protection, c’est-à-dire les jeunes busards envolés après les moissons, qui seraient donc disparus sans la protection.
Proportions
1989-1997
39,70%
1998-2006
35,70%
2007-2015
55,10%
Moyenne 27 ans
41,30%
Tab.1 - Evolution en pourcentages des envols grâce à la protection.
BC : évolution du % d'envols grâce à protection
[Zone de Texte: % des envols] 0,800
0,700
0,600
0,500
0,400
0,300
0,200
0,100
[1989] [1990] [1991] [1992] [1993] [1994] [1995] [1996] [1997] [1998] [1999] [2000] [2001] [2002] [2003] [2004] [2005] [2006] [2007] [2008] [2009] [2010] [2011] [2012] [2013] [2014] [2015] 0,000
Années
Figure 3. Evolution du pourcentage des envols de jeunes busards cendrés grâce à la protection.
Pour le busard cendré, la moyenne des envols grâce à la protection est de 41,3% sur les 27 années où cette donnée est disponible (soit de 1989 à 2015 inclus). Mais celle des 9 dernières années est de 55 %, ce qui marque une nette tendance à une dépendance croissante des envols aux protections (tab.1 ou fig 3). Faut-il y voir une avancée de la moyenne des dates de moisson ? C’est malheureusement une donnée manquante jusqu’ici aux bordereaux de suivi des nids…
Dans les cultures, sans protection, le taux d’échec est considérable et il est également en augmentation, mais on ignore quelle est la part respective des moissons et de la prédation.
BC : % nids détruits / nids visités
45,0%
40,0%
35,0%
30,0%
25,0%
20,0%
15,0%
10,0%
5,0%
[1984] [1985] [1986] [1987] [1988] [1989] [1990] [1991] [1992] [1993] [1994] [1995] [1996] [1997] [1998] [1999] [2000] [2001] [2002] [2003] [2004] [2005] [2006] [2007] [2008] [2009] [2010] [2011] [2012] [2013] [2014] [2015] 0,0%
Années
Figure 4. Evolution du rapport de nids détruits sur les nids visités
Ce pourcentage de nids détruits ne nous permet pas de statuer sur le statut de vulnérabilité du busard cendré en l’état car les différents types de protection ne sont pas distingués ici (cf xxxxx, Leroux 201x), ni les causes d’échecs. Il existe néanmoins une forte présomption d’une augmentation de la prédation, spécialement celle due aux mammifères carnivores.
Les envols grâce à la protection : que représentent-ils pour la population française du BC ?
La production moyenne de jeunes par an peut être évaluée comme suit, en se basant sur une population française d’environ 5000 couples de busard cendré sans protections peuvent être calculés ainsi (les % de nids/milieu et les productivités sont ceux publiés in Santangeli & al, 2015) :
- 73 % des nids en cultures annuelles, sans protections produiraient 3650 x 1,3 j/nid = 4745 pulli
- 10 % des nids en cultures pluriannuelles (prairies, luzernes), soit 500 x 0,7 = 350 pulli
- 17 % des nids en milieux à végétation naturelle, soit 850 x 1,7 = 1445 pulli.
Pour 5000 couples en France : on obtient donc en moyenne par année 6540 pulli envolés (soit 1, 3 jeunes / nid).
Ajoutons à ces 6540 juvéniles envolés sans protections les envols « supplémentaires » grâce à des protections. Pour 568 nids protégés en moyenne par an de 2007 à 2015, nous obtenons une moyenne de 1098 juvéniles/an envolés « supplémentaires ». En ajoutant tous les jeunes produits (6540 + 1098 = 7638 jeunes pour 5000 c / an, soit environ 1,5 j/ nid), nous remarquons que la valeur obtenue jusqu’à présent de 1,8 jeunes/couple/an (xx, 19xx), est en fait « déformée » par le fait qu’une grande partie des couples observés chaque année sont aussi ceux qui sont protégés, ce qui biaise à la hausse la productivité des busards cendrés.
Grâce à la protection, on permet donc à environ 1000 jeunes « supplémentaires » / an de prendre leur envol. C’est considérable dans l’absolu, mais cela ne représente que 13% des jeunes produits en France…
Une stratégie alternative à développer : les « nichoirs à busards »
Si nous comparons les 1000 jeunes à l’envol supplémentaires obtenus dans les cultures, pour 600 nids protégés grâce à 5 000 journées-homme, avec les 1 445 jeunes à l’envol (850 nids x 1,70) issus des milieux naturels sans effort de protection (et les ronces à 2,1 jeunes / nid entre 2010 et 2013), le développement d’une autre stratégie peut être une solution alternative. Pour cela, il apparaît nécessaire de poursuivre les expérimentations de « nichoirs à busards » pour une alternative aux actions de protection (pose de grillage) à forte main d’œuvre… Le calcul des coûts reste à faire… et la volonté d’aller dans ce sens est à développer.
Les dernières estimations des effectifs des busards nicheurs
Deux estimations récentes et apparemment contradictoires ont été publiées dans Rapaces nicheurs de France (2004) et l’Atlas des oiseaux nicheurs de France (2015). Leur comparaison (Tab.2) permet de penser qu’il y a une forte augmentation des effectifs des Busards en France, ce qui est évidemment faux. La publication de l’atlas (2015) a provoqué un tollé général chez les protecteurs des Busards qui constatent sur le terrain une situation bien différente pour les busards.
Tab.2 - Comparaison des estimations des effectifs des Busards publiés dans les deux ouvrages.
Effectifs (min-max) Rapaces nicheurs de France (2004)
Effectifs (min-max) Atlas des oiseaux nicheurs de
France (2015)
Busard cendré
3 900 - 5 100
5 600 - 9062
Busard Saint-Martin
7 800 - 11 200
13 694 - 21 843
Busard des roseaux
1 600 - 2 200
2 887 - 6 470
Les chiffres publiés dans l’Atlas (2015) sont issus de la thèse de Kevin Le Rest (2014). Alexandre Millon et Vincent Bretagnolle précisent que « Les estimations d’effectifs présentées dans la thèse de Kevin Le Rest reposent sur les données de l'enquête Rapaces (terrain réalisé en 2000-2002), mais à la différence des estimations actuellement acceptées, incluent, en plus des couples nicheurs certains et probables, les couples possibles. Ces couples
« possibles » avaient été éliminés dans l’estimation de 2004 compte tenu de la taille des domaines vitaux des espèces. Ils ont été conservés dans l’estimation de la thèse pour des raisons de construction de modèle statistique (En effet, cette thèse est un travail avant tout méthodologique) ». L’intégration de ces valeurs dans l’atlas (2015) donne une réestimation qui prête à confusion.
Il n’y a donc pas d’estimations des effectifs de busards plus récentes que celles publiées en 2004 dans « Rapaces nicheurs de France ». Seules les tendances publiées en 2014 dans Rapaces de France n°16 par Kévin Le Rest, David Pinaud et Vincent Bretagnolle, permettent de juger de l’évolution des effectifs des populations entre 2000 et 2013. On note ainsi des taux de croissance légèrement négatifs (mais non significatifs) pour les trois espèces de busards :
0.99 pour les Busards cendrés et Saint-Martin, et 0.98 pour le Busard des roseaux, soit respectivement, une diminution moyenne des effectifs de l’ordre de 1 et 2 % par an.
Bibliographie
FORNAIRON Ph & TARIEL Y, 1992. Busards, 10 ans de surveillance en France. Revue du Fonds d’Intervention pour les Rapaces n°22 : 14-15. (1982-1992)
PACTEAU C. 1999. Busards en France 20 ans de sauvegarde. Revue du FIR 33 :16-18. (1978-1998)
PACTEAU C. 2003. Busards, vingt-cinq ans de sauvegarde en France. L’oiseau Magazine, Rapaces de France n°5 : 25-26. (1984-2001)
PACTEAU C.2003. 25 ans de surveillance des busards en France : le cas du busard cendré. Alauda, 2003(3) : article 3609.
THIOLLAY J.M. & BRETAGNOLLE V. 2004. Rapaces nicheurs de France. Distribution, effectifs et conservation. 176 p. éd Delachaux & Niestlé
LE REST K. 2014. Méthodes statistiques pour la modélisation des facteurs influençant la distribution et l’abondance des populations. Application aux rapaces diurnes nichant en France. Thèse. Université de Poitiers. 150 pages.
SANTANGELI, Arroyo, Millon & Bretagnolle , 2015 « Identifying effective actions to guide volunteer-based and nationwide conservation efforts for a ground nesting farmland bird ».
Journal of Applied Ecology
Bilan de 40 ans de la surveillance Busards
Par Alain Leroux, avec l’aide de Christian Pacteau & de Philippe Pilard (Mission Rapaces)
Introduction
La surveillance des busards a débuté en France en 1976, et c’est donc un bilan de 40 années de cette action qui est résumée ici. Initiée par le Fonds d’Intervention pour les Rapaces, l’historique et l’évolution de cette action a déjà été traitée par Christian Pacteau en 2000 (les 25 ans) et en 2005 (30 ans). Les compilations des données régionales ou locales, fruit du travail des bénévoles du FIR puis de la Mission Rapaces, ont été synthétisé par plusieurs chargés de mission du réseau Busards, dont le dernier m’a fourni les ultimes tableaux chiffrés des actions locales et régionales.
Outre le nombre impressionnant de couples surveillés et de nids protégés qui sera détaillé, nous nous posons quelques questions sur les acteurs et sur les résultats de ces actions pluriannuelles :
§ Quel est le temps d’implication des protecteurs dans le réseau ?
§ Quels sont les effectifs des busards, les tendances ?
§ Notre action a-t-elle une influence sur les effectifs des busards ?
Matériel & méthodes
Nous avons utilisé les rapports annuels de cette action publiés dans les bulletins du FIR, puis dans les Cahiers de la Surveillance des Rapaces, dont la mise en tableaux sous Excel nous est parvenue.
Bref historique des débuts de la Surveillance Busards
Dès l’origine, deux façons de voir la protection ont cohabité suivant les régions ou les sites : la protection in situ dans les cultures et la conservation des milieux naturels.
La première campagne de protection des busards a eu lieu en Moselle en 1976, bientôt suivie dans la Beauce du Loir & Cher en 1977 par l’équipe d’Alain Perthuis. Il s’agit dans les deux cas de s’assurer de l’envol des jeunes avant le passage de la moissonneuse, ou de laisser un carré de céréales sur pied… Cette action sera remarquablement illustrée en 1981 par le film de Laurent Charbonnier « La plaine aux Busards ». En 1978, Daniel Béguin met en place le premier Conservatoire des Sites en Lorraine, en achetant en priorité les marais et milieux naturels où nichent encore quelques Busards cendrés.
Ces deux types d’actions ont donné, donnent et donneront encore de l’ouvrage à des générations de « Busardophiles » qui leur ont succédé… De 1980 à 1993, le nombre d’équipes qui s’impliquent de manière durable dans les « campagnes busards » passe de cinq à cinquante, couvrant la quasi-totalité des départements occupés par les busards.
Résultats
1) Evolution du nombre de surveillants et de journées-hommes
Le nombre de surveillants par année et de journées-hommes ont accusé une baisse notable dans la décennie suivante, (1995-2006), avant que le projet national de marquage des poussins, démarré en 2007, ne relance le réseau (Figure 1).
[Zone de Texte: Surveillants] [Zone de Texte: Journées x homme] 7000 700
6000 600
5000 500
4000 400
3000 300
2000 200
1000 100
[1976] [1978] [1980] [1982] [1984] [1986] [1988] [1990] [1992] [1994] [1996] [1998] [2000] [2002] [2004] [2006] [2008] [2010] [2012] [2014] [2017] [2019] 0 0
Figure 1. Evolution du nombre de surveillants et de journées-hommes de 1982 à 2015.
2) Le temps nécessaire pour protéger un nid
Dans l’article de Santangeli & al, (2015), le temps estimé de la protection d’un nid (recherche du nid, visite, contact avec l’agriculteur et pose du grillage) est évalué entre 7 à 16 heures (soit environ 1 à 2 journées-homme). Dans les bulletins du FIR puis de la Mission Rapaces, on arrive à une moyenne pluriannuelle de 3,5 jours (extrêmes 2,4 à 8 jours selon les années), soit 28 heures.
Il est vrai que les préalables aux actions de protection peuvent faire varier le temps d’implication : une cartographie des parcelles par exploitant, des contacts avec certaines personnes ressources (maires, représentants agricoles, etc.) qui peuvent faire gagner du temps. De même, le temps moyen par sortie et le nombre de personnes impliqués dans la prospection et la protection sont très variables selon les coordinateurs, certains sont des solitaires, d’autres s’entourent de nombreux collaborateurs ou accompagnateurs.
7000
6000
5000
[Zone de Texte: Journées x homme] 4000
3000
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[1983] [1984] [1985] [1986] [1987] [1988] [1989] [1990] [1991] [1992] [1993] [1994] [1995] [1996] [1997] [1998] [1999] [2000] [2001] [2002] [2003] [2004] [2005] [2006] [2007] [2008] [2009] [2010] [2011] [2012] [2013] [2014] [2015] 0
1400
1200
1000
[Zone de Texte: Nombre de couples] 800
600
400
200
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Figure 2. Variations du nombre de nids surveillés et du temps de surveillance de 1983 à 2015.
Le busard cendré est l’espèce la plus surveillée en France, jusqu’à 1200 nids dans les années 2010’s, car elle est la plus menacée par les moissons. Ensuite arrivent le busard Saint-Martin (x00 nids surveillés en moyenne de 2007 à 2015) et x00 nids de busard des roseaux, dont la présence en cultures reste minoritaire. Le nombre de nids surveillés semble bien corrélé avec le nombre de journées x homme, surtout pour le busard cendré (Fig 2). Cela sous-entend qu’avec plus d’intensité de recherche, le nombre de nids protégés augmenterait dans les mêmes proportions. Il reste donc encore beaucoup à faire si on estime que la protection est indispensable au maintien du busard cendré.
Pour tenter de répondre à cette question, nous avons examiné les pourcentages des envols dus à la protection, c’est-à-dire les jeunes busards envolés après les moissons, qui seraient donc disparus sans la protection.
Proportions
1989-1997
39,70%
1998-2006
35,70%
2007-2015
55,10%
Moyenne 27 ans
41,30%
Tab.1 - Evolution en pourcentages des envols grâce à la protection.
BC : évolution du % d'envols grâce à protection
[Zone de Texte: % des envols] 0,800
0,700
0,600
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0,300
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[1989] [1990] [1991] [1992] [1993] [1994] [1995] [1996] [1997] [1998] [1999] [2000] [2001] [2002] [2003] [2004] [2005] [2006] [2007] [2008] [2009] [2010] [2011] [2012] [2013] [2014] [2015] 0,000
Années
Figure 3. Evolution du pourcentage des envols de jeunes busards cendrés grâce à la protection.
Pour le busard cendré, la moyenne des envols grâce à la protection est de 41,3% sur les 27 années où cette donnée est disponible (soit de 1989 à 2015 inclus). Mais celle des 9 dernières années est de 55 %, ce qui marque une nette tendance à une dépendance croissante des envols aux protections (tab.1 ou fig 3). Faut-il y voir une avancée de la moyenne des dates de moisson ? C’est malheureusement une donnée manquante jusqu’ici aux bordereaux de suivi des nids…
Dans les cultures, sans protection, le taux d’échec est considérable et il est également en augmentation, mais on ignore quelle est la part respective des moissons et de la prédation.
BC : % nids détruits / nids visités
45,0%
40,0%
35,0%
30,0%
25,0%
20,0%
15,0%
10,0%
5,0%
[1984] [1985] [1986] [1987] [1988] [1989] [1990] [1991] [1992] [1993] [1994] [1995] [1996] [1997] [1998] [1999] [2000] [2001] [2002] [2003] [2004] [2005] [2006] [2007] [2008] [2009] [2010] [2011] [2012] [2013] [2014] [2015] 0,0%
Années
Figure 4. Evolution du rapport de nids détruits sur les nids visités
Ce pourcentage de nids détruits ne nous permet pas de statuer sur le statut de vulnérabilité du busard cendré en l’état car les différents types de protection ne sont pas distingués ici (cf xxxxx, Leroux 201x), ni les causes d’échecs. Il existe néanmoins une forte présomption d’une augmentation de la prédation, spécialement celle due aux mammifères carnivores.
Les envols grâce à la protection : que représentent-ils pour la population française du BC ?
La production moyenne de jeunes par an peut être évaluée comme suit, en se basant sur une population française d’environ 5000 couples de busard cendré sans protections peuvent être calculés ainsi (les % de nids/milieu et les productivités sont ceux publiés in Santangeli & al, 2015) :
- 73 % des nids en cultures annuelles, sans protections produiraient 3650 x 1,3 j/nid = 4745 pulli
- 10 % des nids en cultures pluriannuelles (prairies, luzernes), soit 500 x 0,7 = 350 pulli
- 17 % des nids en milieux à végétation naturelle, soit 850 x 1,7 = 1445 pulli.
Pour 5000 couples en France : on obtient donc en moyenne par année 6540 pulli envolés (soit 1, 3 jeunes / nid).
Ajoutons à ces 6540 juvéniles envolés sans protections les envols « supplémentaires » grâce à des protections. Pour 568 nids protégés en moyenne par an de 2007 à 2015, nous obtenons une moyenne de 1098 juvéniles/an envolés « supplémentaires ». En ajoutant tous les jeunes produits (6540 + 1098 = 7638 jeunes pour 5000 c / an, soit environ 1,5 j/ nid), nous remarquons que la valeur obtenue jusqu’à présent de 1,8 jeunes/couple/an (xx, 19xx), est en fait « déformée » par le fait qu’une grande partie des couples observés chaque année sont aussi ceux qui sont protégés, ce qui biaise à la hausse la productivité des busards cendrés.
Grâce à la protection, on permet donc à environ 1000 jeunes « supplémentaires » / an de prendre leur envol. C’est considérable dans l’absolu, mais cela ne représente que 13% des jeunes produits en France…
Une stratégie alternative à développer : les « nichoirs à busards »
Si nous comparons les 1000 jeunes à l’envol supplémentaires obtenus dans les cultures, pour 600 nids protégés grâce à 5 000 journées-homme, avec les 1 445 jeunes à l’envol (850 nids x 1,70) issus des milieux naturels sans effort de protection (et les ronces à 2,1 jeunes / nid entre 2010 et 2013), le développement d’une autre stratégie peut être une solution alternative. Pour cela, il apparaît nécessaire de poursuivre les expérimentations de « nichoirs à busards » pour une alternative aux actions de protection (pose de grillage) à forte main d’œuvre… Le calcul des coûts reste à faire… et la volonté d’aller dans ce sens est à développer.
Les dernières estimations des effectifs des busards nicheurs
Deux estimations récentes et apparemment contradictoires ont été publiées dans Rapaces nicheurs de France (2004) et l’Atlas des oiseaux nicheurs de France (2015). Leur comparaison (Tab.2) permet de penser qu’il y a une forte augmentation des effectifs des Busards en France, ce qui est évidemment faux. La publication de l’atlas (2015) a provoqué un tollé général chez les protecteurs des Busards qui constatent sur le terrain une situation bien différente pour les busards.
Tab.2 - Comparaison des estimations des effectifs des Busards publiés dans les deux ouvrages.
Effectifs (min-max) Rapaces nicheurs de France (2004)
Effectifs (min-max) Atlas des oiseaux nicheurs de
France (2015)
Busard cendré
3 900 - 5 100
5 600 - 9062
Busard Saint-Martin
7 800 - 11 200
13 694 - 21 843
Busard des roseaux
1 600 - 2 200
2 887 - 6 470
Les chiffres publiés dans l’Atlas (2015) sont issus de la thèse de Kevin Le Rest (2014). Alexandre Millon et Vincent Bretagnolle précisent que « Les estimations d’effectifs présentées dans la thèse de Kevin Le Rest reposent sur les données de l'enquête Rapaces (terrain réalisé en 2000-2002), mais à la différence des estimations actuellement acceptées, incluent, en plus des couples nicheurs certains et probables, les couples possibles. Ces couples
« possibles » avaient été éliminés dans l’estimation de 2004 compte tenu de la taille des domaines vitaux des espèces. Ils ont été conservés dans l’estimation de la thèse pour des raisons de construction de modèle statistique (En effet, cette thèse est un travail avant tout méthodologique) ». L’intégration de ces valeurs dans l’atlas (2015) donne une réestimation qui prête à confusion.
Il n’y a donc pas d’estimations des effectifs de busards plus récentes que celles publiées en 2004 dans « Rapaces nicheurs de France ». Seules les tendances publiées en 2014 dans Rapaces de France n°16 par Kévin Le Rest, David Pinaud et Vincent Bretagnolle, permettent de juger de l’évolution des effectifs des populations entre 2000 et 2013. On note ainsi des taux de croissance légèrement négatifs (mais non significatifs) pour les trois espèces de busards :
0.99 pour les Busards cendrés et Saint-Martin, et 0.98 pour le Busard des roseaux, soit respectivement, une diminution moyenne des effectifs de l’ordre de 1 et 2 % par an.
Bibliographie
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PACTEAU C. 1999. Busards en France 20 ans de sauvegarde. Revue du FIR 33 :16-18. (1978-1998)
PACTEAU C. 2003. Busards, vingt-cinq ans de sauvegarde en France. L’oiseau Magazine, Rapaces de France n°5 : 25-26. (1984-2001)
PACTEAU C.2003. 25 ans de surveillance des busards en France : le cas du busard cendré. Alauda, 2003(3) : article 3609.
THIOLLAY J.M. & BRETAGNOLLE V. 2004. Rapaces nicheurs de France. Distribution, effectifs et conservation. 176 p. éd Delachaux & Niestlé
LE REST K. 2014. Méthodes statistiques pour la modélisation des facteurs influençant la distribution et l’abondance des populations. Application aux rapaces diurnes nichant en France. Thèse. Université de Poitiers. 150 pages.
SANTANGELI, Arroyo, Millon & Bretagnolle , 2015 « Identifying effective actions to guide volunteer-based and nationwide conservation efforts for a ground nesting farmland bird ».
Journal of Applied Ecology